« InaaLilahi Wa InaaIleyhiRaajihoona » Maitre Mamadou DIOP, un homme au parcours légendaire est retourné à DIEU

Apecsy
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Hommage Posthume à un monument de l’histoire du Sénégal

Par

Dr Serigne Mbaye Diène dit Khalifa

Président de l’APECSY

30 mars 2018

« Je m’appelle Mamadou DIOP. Mes parents sont de Yoff (lignée maternelle des « Deungagne ») et de Dakar (lignée paternelle «des Diop»). Je suis né et j’ai grandi entre Yoff et Dakar également.J’ai été « ndongo daara » à Keur Massar comme beaucoup d’enfants Yoffois de l’époque. J’ai eu à demander l’aumône et les repas comme un bon « talibé ». Ceci nous a donné l’occasion de connaitre la souffrance.Après le « daara », j’ai fait l’école française, puis l’université. Je suis devenu militaire dans l’armée française, notamment gendarme. En effet, en1960 le Sénégal est devenu indépendant, j’ai opté de garder ma nationalité sénégalaise au lieu de celle française et j’ai continué à servir mon pays sous son drapeauen tant que Colonel. ». Voici comment se présentaittrès modestement le 15 janvier 2016 l’illustre disparu lors d’une interview avec une équipe de la Chronique du Vendredi (CDV)[1].

Qu’Allah lui pardonne tout péché et l’accueille dans son JanatoulFirdawsi ! Amine !

 

UN GRAND INTELLECTUEL, DISCIPLINE ET RIGOUREUX,

Ayant reçu dès le bas âge, une éducation fort stricte qui a forgé en lui un caractère d’homme discipliné et rigoureux, feu Me Mamadou DIOP s’est battu âprement pour se doter des capacités intellectuelles et morales requises pour une brillante carrière militaire, d’éminent Juriste, d’homme d’Etat émérite.

 

Enrôlé dans l’Armée Française en 1956, il décrocha un an après un diplôme militaireà l’Ecole des Officiers de Saint Maixent en (France), qui le propulsera au grade de Lieutenant au moment où il choisit de rejoindre la Gendarmerie Nationaleà l’Indépendance, en 1960. En 1964, il obtint un diplôme d’Etat-major Militaireà la même Ecole des Officiers de Saint Maixent.

 

En autodidacte, il entra à l’Université de Dakar où il décrocha successivement une Licenceen droit en 1965, un Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA)en droit publicen 1966 et un DEA en droit privé en 1968 et enfin un Doctorat en 1970.Ne s’arrêtant pas là, il entreprit des études supérieures de Philosophie à l’Université Paris IV Sorbonne,France, où il reçut un DEA en 1983 et un Doctorat en 1986.

 

UNE CARRIERE MILITAIRE, JUDICIAIRE, ACADEMIQUE, GOUVERNEMENTALE ET POLITIQUE EXCEPTIONNELLE

 

Ses nombreux diplômes universitaires lui ont fait occuper de hauts postes de responsabilités militaires et judiciaires. C’est ainsi que dans la Gendarmerie, il occupa les fonctions de Commandant de la Compagnie de Gendarmerie Nationale du Sine-Saloum qui regroupait les régions du Sine Saloum et du Sénégal Oriental de 1961-1963 ; Commandant de la Gendarmerie Territoire et Directeur de l’Ecole de la Gendarmerie de 1963 à 1965 ; Conseiller Technique au Ministère de la Défense de 1968 à 1970 avant d’atteindre le grade de Colonel de Gendarmerie de réserve en 1979. Il accéda aux fonctions d’Avocat Généralà la Cour Suprême en 1971 en même temps qu’il était Professeur de droità l’Université de Dakar et à l’Ecole Nationale d’Administration et de la Magistrature.

 

C’està partir de ce moment que la carrière de notre illustre défunt frère connut un tournant décisif lorsqu’il fut appelé par le Président de la République M. Leopold Sédar Senghor, par l’intermédiaire de son propre père feu Ousmane Diop Coumba Pathé, un grand ami et proche de ce dernier, pouroccuper les fonctions de SecrétaireGénéral de la Présidence, de 1972 à 1975. Il disait que Senghor « avait besoin d’un homme comme [lui] pour mettre de l’ordre au palais.».

 

De cette rencontre avec Senghor, le défunt raconte : « quand j’étais très jeune, mon père me citait SENGHOR (dont il était très proche) comme exemple.  Un jour (en 1948) alors qu’il avait fini de le raccompagner, il me demandait de travailler avec lui quand je serai grand. Alors, je ne faisais pas trop attention à cela et finalement, je ne sais pas si c’est un coup du hasard, nos chemins se sont croisés… »[2].

 

Ce fut le début d’une riche et brillante carrière gouvernementale,parlementaire et municipale qui continua avec leposte de Ministre des Travaux Publics, de l’Urbanisation et des Transports de 1975 à 1978,où il mit en œuvre des projets ambitieux et novateurs ayant un impact social et économique indéniable sur la vie des populations. C’est le cas du projet d’habitat social des « Parcelles Assainies » pour lequel le journal satirique « Le Politicien » lui avait concocté le sobriquet de « Goudronneur du désert » lorsqu’il avait commencé ce projet futuriste pour l’époque dans les dunes de sable autour de Cambérène qui donnaient l’impression d’une zone désertique. C’est également le cas du renouvellement du parc de transports en commun (cars rapides et taxi) peints en jaune et bleu

 

Il avait occupé les fonctions de Ministre de la Santé Publique de 1978 à 1984 ou il promut des reformes inédites dont la mise en place de la politique de participation aux Soins de Santé Primaires. Elu député a l’Assemblée Nationale pour 3 mandats consécutifs de 1978 à 1988.il fut nomméPrésident du Conseil d’Administration de l’Union Sénégalaise des Banques avant de devenir Maire de Dakar de 1985 à 2002 et Maire de Yoff de 2002 à 2009.A noterégalement ses nominations à des fonctions internationales comme entre autres, Président de l’Assemblée Mondiale de la Santé en 1982 et Vice-Président de la Conférence Mondiale des Maires.

 

LE BATTISSEUR DU YOFF MODERNE ET FERVENT SOUTIEN DE l’APECSY

 

Dès son entrée dans l’arène politique, feu Me Mamadou DIOP dit Doudou, avait donné à Yoff une place de choix dans ses ambitieux projetspour leSénégal et sa capitale. A cet effet, il avait réussià se doter d’une solide base politique et d’un capital de confiance des autoritéscoutumières non seulement de Yoff mais également de « Taanka » voire de toute la communauté léboue. En témoigne la procuration pour la gestion du patrimoine foncier et financier de Yoff que lui avait confiée par la Collectivité Léboue de Yoff en date du 13 aout 1975 sur la base d’un PV d’une Assemblée Générale tenue 1er Novembre 1974. Il devint l’icone du leadership politique à Dakar ou le slogan « Doudou, avec Doudou jusqu’à la mort ! » était scandé a chacune de ses apparitions publiques

 

En arrivant à la têtedu Ministère des Travaux Publics, de l’Urbanisme et des Transports, il s’est attelé à réaliser le plan d’aménagementurbain de Yoffmatérialisé dans le plan d’urbanisme N°505 du 13 aout 1970, déclaré d’utilité publique par le décret N° 75-590 du 05 juin 1975. Les principales infrastructures routières de Yoff, a l’exception de la rue Elhadji Talla DIAGNE, qui était la seule existante à l’époque, sont le fruit de l’exécution de ce plan.

 

C’est dans cette lancée qu’intervint la naissance de l’APECSY dont les responsables avaient favorablement répondu à la main que leur avait tendu feu Mamadou DIOP, en le désignant par lettre en date du 14 juin 1982, comme Conseiller Technique de l’association. Le compagnonnage et le soutien sans faille de ce dernier à l’APECSY ont été pratiquement ininterrompus tout au long desestrente-huit (38) ans et furentdéterminants dans les plus grandes réalisations de l’APECSY. En guise d’illustrations, on peut citer quelques-unes :

  • 1982 : Le terrassement du terrain de prières par un appui financier consistant pour la location des bulldozers et leur carburant ;

  • 1983 : réalisation du Stade de Yoff et sa clôture. Il sera agrandi quelques années plus tard ;
  • 1992 : Contrat de la communauté Urbaine de DAKAR avec le GIE « Yoofidembak Tay » mis en place par l’APECSY pour le nettoyage de la plage débouchant sur la création d’un nombre élevé d’emplois de jeunes gens et de filles ;
  • 1993 feu Me Mamadou Diop, alors Maire de Dakar donna sa caution conjointement avec M. AmathDansokho, Ministre de l’Urbanisme de l’époque pour une solution définitive du dossier de l’assiette de l’extension de Yoff ;
  • 1994 : décision de mettre en place un Comité Municipal préparatoire de la Troisième Conférence Internationale des EcoVillages de 1996 et visite à Ithaca aux Etats Unis pour donner son soutien au Comité international préparatoire de ladite Conférence ;
  • 1996 Co-organisateur avec l’APECSY et EcoVillage Ithaca de la Troisième Conférence Internationale des EcoVillages ;
  • 2007 : Lettre en tant que Maire de Yoff portant des dispositions de protection de la Zone d’extension de Yoff contre les envahissements du « Haut Conseil » ;
  • 2016 : Communication sur «Quelle lecture faut-il avoir du rôle et de la place de l’APECSY dans le contexte de développement local ? » faite lors du séminaire de l’APECSY sur le thème : « mieux connaitre l’APECSY ».

 

C’est le lieu ici, de renouveler la gratitude et l’hommage posthume que plusieurs générations de Yoffois, doivent à feu Me Mamadou Diop pour les services qu’il a rendus à Yoff et à l’APECSY.

 

Au nomdu Comité d’Honneur, du Comité Directeur et de l’Administration de l’APECSY, nous renouvelons nos condoléances les plus attristées à sa famille, ses parents et amis, à la collectivité Lébou et aux autorités gouvernementales du Sénégal.

 

Que la terre de Bélélane lui soit légère !

 

Amine

 

 

[1] La CDV N⁰96du12février 2016

[2]La CDV op. cit

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[qem]

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